Coïncidence avec la canicule actuelle, les salariés des Ehpad de Loire-Atlantique sont au bout du rouleau.

Ils pointent notamment les sous-effectifs réguliers, l’épuisement, les postes vacants et les difficultés de recrutement. Tout cela au détriment des résidents.
Où sont passés les 3 milliards d’euros par an promis par la suppression d’un jour férié, le lundi de Pentecôte, que le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin avait imposé l’année suivant la première grosse canicule lors de l’été 2003 ?
L’objectif était d’améliorer les conditions de vie dans les Ehpad et maisons de retraite, de climatiser les lieux… On en est loin.
Pour Force Ouvrière, qui tenait une conférence de presse le 21 mai 2026 à Saint-Nazaire au sujet des établissements publics du département, le problème est toujours le manque de moyens. «On n’a pas le temps de prendre en charge les résidents en Ehpad».
Alors que le gouvernement vient d’annoncer une rallonge de 36 milliards pour les armées, FO, par la voix de Yann Le Fol, dénonce ce choix budgétaire «des services ferment en entier dans les hôpitaux, sur les Ehpad il n’y a pas de temps pour prendre en charge décemment et correctement les résidents» citant l’exemple d’un Ehpad à Donges, où les résidents ne sont pas levés le week-end faute de personnel.
Pour lui, «on ne peut pas se permettre d’entendre qu’il n’y a plus d’argent, car il y en a, mis sur les priorités du gouvernement aujourd’hui». Le responsable syndical veut que cet argent soit redirigé vers les Ehpad, les hôpitaux et les centres médicaux-sociaux.
Pour Jérémy Burel du CHU de Nantes, «c’est autant d’argent qui ne va pas pour les hôpitaux, pour les salaires, pour les rénovations, pour la formation des personnels».
«On en est à compter les bouteilles, les biscuits»
Les recherches d’économies sont telles que certains établissements réservent l’eau pétillante aux patients qui ont une ordonnance.
Mais c’est surtout l’annonce du changement du nom des Ehpad (Etablissements hospitaliers pour personnes âgées dépendantes) en «Maison France Autonomie» qui conduit les professionnels à se mobiliser contre ce qu’ils estiment être un gadget.
Un changement de nom qui implique une nouvelle signalétique, une nouvelle identité visuelle pour un montant estimé de 75 millions d’euros, «au final on met une couche de vernis qui ne va rien résoudre pour les problématiques d’accompagnement des résidents, qui payent plus de 2 300 € par mois en général» indique Gaël Le Turque, du Centre Hospitalier de Saint-Nazaire.
«Ça crée des crispations avec les familles quand le personnel n’a plus les moyens de s’occuper des résidents, elles voient la dégradation de la prise en charge de leurs ainés» ajoute le syndicaliste.
A Heinlex, les structures sont déficitaires, pour lui, la raison est simple, «le Département ne finance pas assez, il y un déficit structurel, avec des travaux qu’il faut rembourser».
C’est le financement qui ne serait pas à la hauteur des besoins, quand l’Etat va supprimer 6 milliards sur le budget global de la santé, «les Ehpad vont être les premiers impactés, on est censé prendre soin de nos anciens et on ne le fait plus aujourd’hui».
Si l’ancien directeur du site (le centre hospitalier) avait respecté les consignes de l’ARS, l’agence régionale de santé et du Département, il aurait réduit les effectifs. «Chez nous la direction a fait le choix de maintenir les effectifs, d’où le déficit, ça a un coût qui n’est plus financé. Notre directeur a fait un choix humain, de s’occuper des résidents.»
Le financement du déménagement des établissements de Mindin est aussi pointé du doigt, «ils sont très bien là où ils sont et ce financement pour les déménager pourrait être mis ailleurs, y compris dans les Ehpad».
Tous au SMIC jusqu’au technicien hospitalier au cinquième échelon
Le traitement de base d’un technicien hospitalier est situé en dessous du salaire minimum, «La plupart des agents de catégorie C et une partie des B sont obligés d’avoir une prime différentielle pour être au Smic» indique Jérémy Beurel.
De plus en plus d’agents hospitaliers se retrouvent sous le coup d’une OQTF, obligation de quitter le territoire, du fait de la lenteur de la Préfecture à effectuer les renouvellements de titres de séjour, «ils sont dans l’incapacité et l’impossibilité de travailler» au détriment de la prise en charge des patients, «le gouvernement, provoque une pénurie supplémentaire de personnel».
Fermetures de lits alors que la demande explose
Stéphanie Potinière du CHSL de Vertou qui emploie 500 personnes, précise que 25 postes sont vacants. «On ferme 45 lits en Ehpad sur 200 par manque de personnel». Elle souligne aussi la non réouverture des lits fermés. «Sur les deux sites de Vertou et Le Loroux Bottereau c’est tout un service qui sera fermé cet été» soit une cinquantaine de lits pour le centre hospitalier Sèvre et Loire.
Le plan grand âge non respecté
Ce plan établi pour la période 2007-2012 prévoyait un personnel (toutes fonctions confondues, y compris les administratifs) pour un résident, et nécessitait 200 000 recrutements pour un coût de plus de 10 milliards d’euros. «Ce plan n’a jamais été mis en place» ironise Yann Le Fol.
En 2015, les Ehpad (45 % public, 21 % privé et 31 % associatif) employaient 430 000 personnes pour 377 000 équivalents temps plein en France.
Les syndicats, FO en tête, entendent s’appuyer sur les familles qui créent des collectifs, pour faire remonter leurs revendications au niveau du gouvernement, et en premier lieu le déblocage des milliards nécessaires pour un bon fonctionnement du service public hospitalier.
En photo: Gaël LE TURQUE (FO CH Saint-Nazaire), Céline (secrétaire FO Ehpad de Guémené Penfao), Jérémy BEUREL (FO CHU de Nantes), Stéphanie POTINIERE (FO CHSL Vertou), Yann LE FOL (FO secrétaire union locale et GD santé 44) – © Océanis Médias
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