Les salariés de Décathlon, l’enseigne de sport qui fête ses 50 ans cette année, ont fait grève un peu partout en France ce samedi 6 juin 2026.

Salariés et clients – © Océanis Médias

Après le magasin de Pornic où ils étaient un poignée ce matin, c’était au tour de Saint-Nazaire de se mobiliser à partir de 14h. Une première depuis plus de deux ans et surtout une première action collective des syndicats au niveau national (CFDT, CFTC, CGT, CFE-CGC et UNSa).

Ils étaient une quinzaine à répondre à l’appel national, dont la revendication principale porte sur une demande de revalorisation des salaires de 2,41%. L’un des grévistes indique que son «alternant», salarié en formation, est mieux payé que lui.

Une enseigne qui tourne bien, et pourtant…

La direction refuse de négocier, «il n’y a aucune discussion» selon les syndicats qui ont reçu un mail en ce sens, alors que l’entreprise, la vache à lait du groupe Mulliez, a dégagé un bénéfice net en hausse de 16% en 2025 à 910 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 16,8 milliards en hausse de 4% (chiffre global de Décathlon dans le monde).

Dans un communiqué national, la CFDT précise : «alors qu’elle améliore ses résultats de +54% avec un résultat net d’un milliard d’euros, cette enseigne de la Galaxie Mulliez refuse de répercuter la hausse du SMIC sur les salaires et de partager les fruits de sa réussite avec celles et ceux qui la rendent possible au quotidien».

Les salaires démarrent au Smic, et les primes permettent un gain de tout juste 100€. «Il vient de passer à 12,31€ brut, moi je suis à 13,30€, juste un euro de plus, ça fait dix ans que je suis ici» lance une gréviste, élue CFDT de Décathlon.

«On n’a pas d’ancienneté ici. Les CDD cet été seront mieux payés que moi avec 10 ans dans l’enseigne» souligne, amère, Robin, représentant syndical CFDT sur le départ «je démissionne dans un mois».

Le magasin de l’Immaculée compte 55 salariés, de nombreux contrats en CDI mais peu à 35 heures, essentiellement des temps partiels à partir de 10 heures. En été, les effectifs atteignent une centaine de personnes.

Sur la France, ils sont environ 25 000 dans les 319 Décathlon de l’enseigne, et 102 900 dans le monde pour 1 902 magasins. Malgré les bonnes performances, près de 1 000 emplois ont été supprimés en France en 2025.

Selon les syndicats, l’enseigne de sport, qui revendique 90% de salariés satisfaits, pousse en fait à un maximum de turnover «ils payent moins cher les nouveaux, ils entrent au smic, c’est pour cela qu’ils font tout pour faire partir les gens».

Les clients solidaires

Les salariés ont reçu ce matin le soutien de leurs collèges de Leroy Merlin et Auchan notamment, deux enseignes du groupe. Les clients à qui les grévistes distribuaient des tracts, sont très largement compréhensifs et soutiennent les salariés.

Les autres griefs envers leur employeur concernent la charge de travail «toujours plus avec moins de salariés». Le magasin nazairien va par ailleurs être «amputé» de 1 600 m2 sur les 5 900 m2 actuels. «On perd toute la verrière au fond du magasin, toute la lumière, ce qui donne la chaleur au magasin» souligne Robin, qui estime qu’il y aura aussi une réduction des gammes de produits.

Le propriétaire des murs entend y implanter une pizzeria et une boutique de fitness. Pourquoi cette décision alors que le magasin tourne très bien «on est rentable, avec 25 millions de chiffre d’affaires sur l’année» et un RBE, résultat brut d’exploitation, de 1 million. Les magasins du secteur (Nantes, Rennes…) sont tous en excellente santé.

Mieux, celui de Saint-Nazaire serait dans le «Top 25» en France sur les 319 Décathlon.

Côté représentation syndicale, si la CFDT domine sur Saint-Nazaire, c’est la CFTC qui est plus présente sur le magasin de Pornic, l’Unsa à Rennes, la CGT dans le sud.

 

 

Si les grévistes regrettent de ne pas être plus nombreux ce samedi, c’est avant tout parce que pour certains, «perdre une journée de salaire quand on est au Smic, c’est difficile», à l’image d’une jeune collègue présente, qui ne touche que 620€ net pour un contrat de 15 heures par semaine.

Une bonne ambiance entre colègues

L’ambiance est heureusement assez bonne dans le magasin, «il y a une bonne entente entre collaborateurs, c’est un magasin où on est assez âgés, après avec la direction, il n’y a pas d’écoute» Un nouveau directeur a en effet pris les rennes du Décathlon nazairien il y a 7 mois environ, «on aime notre enseigne» soupire Anna, «c’est pas le problème».

Les salariés endossent aussi le rôle de «capitaine», à tour de rôle, «c’est à dire qu’on a la responsabilité des équipes, en cas d’accident, d’incendie» mais sans contrepartie financière. «Il y a eu une enveloppe de 400€ pour les salaires dans le magasin, pour 55 personnes, c’est ridicule.»

Les syndicats décideront ce week-end de la suite à donner à leur mouvement en magasin. A partir de lundi, ce sont les entrepôts qui entreront dans la grève. Le plus proche, qui irrigue entre 30 et 40 magasins, est situé à Sainte-Luce sur Loire.

 

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