Une semaine après un premier rassemblement un peu partout en France, ils étaient encore plus de 200 ce lundi 15 juin 2026 devant le tribunal judiciaire de Saint-Nazaire.

Tous une nouvelle fois, sont mobilisés pour dire «stop» aux violences sur les mineurs après la mort de la jeune Lyhanna, collégienne de 11 ans, victime d’un prédateur sexuel et retrouvée morte après sa disparition le 29 mai 2026 à Fleurance dans le Gers.
D’emblée, Perrine Sailly, de l’association «Victimes mais pas démunies», prend la parole en indiquant ne pas avoir eu de retours «à la hauteur de notre espérance» après la mobilisation du 8 juin dernier, «une permanence victimes à ciel ouvert, on a vécu vraiment un moment très fort».
L’objectif reste le même, donner plus de moyens à la justice. La bénévole ne veut plus «hiérarchiser les violences, ça c’est fini». Pour elle et son association, les victimes de violences, d’arnaques, d’accidents de la route doivent être traitées à égalité «on veut un accompagnement c’est pas de la charité l’aide aux victimes, c’est l’accès au droit et à la garantie de nos libertés fondamentales».
Perrine Sailly indique avoir discuté avec une victime de viol qui accepte qu’elle témoigne en son nom, «elle a été victime de viols pendant toute son enfance, elle a déposé plainte il y a 6 ans, elle n’a pas de retours de son dossier, on lui raccroche au nez».
Elle ne veut plus que les victimes aillent déposer plainte seules dans les commissariats et les gendarmeries, «c’est plus possible, on ne peut pas aller exposer des récits traumatiques au risque de recevoir un classement sans suite».
Il n’y a plus d’association d’aide aux victimes à Saint-Nazaire
Le projet d’une nouvelle loi appelée «loi intégrale», si elle la défend totalement, ne lui fait pas oublier les manques des processus actuels, comme «la justice restaurative» qui permet un parcours de soin favorable à la baisse de la récidive, mais qui ne serait pas disponible dans le grand ouest.
«Une loi supplémentaire ça ne va pas forcément être une solution, ce qu’on veut c’est être rassembleur avec les choses qui existent déjà.»

Interpellé sur l’absence d’aide aux victimes, l’avocat Erwan Le Moigne, répond que les avocats mettent en place chaque vendredi des permanences gratuites à destination de tous y compris des victimes.
«Je suis d’accord avec vous» indique t-il «il faut renverser la table et mettre au cœur la victime. L’absence de France victimes est un vrai sujet, c’est une association conventionnée avec le procureur, la mise en liquidation de cette association pose un vrai problème».
S’il souligne que l’association de Perrine Sailly pallie ce manque en partie, pour lui il est urgent de mettre en place une association «efficace, gratuite, en faveur des victimes».
160 000 enfants subissent des violences sexuelles chaque année
Me Caroline Mathon, avocate à Saint-Nazaire depuis 2022 était déjà présente la semaine dernière pour soutenir le rassemblement. «J’ai été à l’intérieur dans la magistrature, j’ai vu comment se passait la formation des magistrats, elle essaye tant bien que mal d’intégrer l’audition de l’enfant dans l’organisation du processus judiciaire dès le dépôt de plainte.»
Elle souligne le manque de formation de tous les acteurs de la chaine pénale, comme des avocats ou des magistrats, tout en précisant avoir remarqué qu’à l’hôpital de Saint-Nazaire «on n’a pas de pédopsychiatre ou de psychologue qui puisse accompagner les victimes».

Ces dernières sont souvent envoyées «à l’unité médico-légale pour voir un légiste qui va constater comme la petite Rosa, ce qu’il lui est arrivé, avec une expertise physique et psychologique», mais elle déplore que cela ne se fasse pas à Saint-Nazaire où un poste serait à pourvoir à cet effet.
L’avocate souligne par ailleurs l’absence de garde à vue systématique des auteurs d’’incestes ou de violences sexuelles envers les mineurs «ils sont souvent convoqués en audition libre, à l’avance, ils ont le temps de se préparer et de supprimer les fichiers de leurs téléphones, ils ne sont pas placés immédiatement en garde à vue». S’interrogeant sur cette situation, elle se demande s’il s’agit d’un problème de moyens ou de formation.
Me Mathon précise aussi «travailler à la recherche de solutions concrètes avec le tribunal judiciaire pour améliorer l’accueil des victimes», si des des mesures ne sont pas prises après le drame ayant touché la jeune collégienne Lyhanna, «les enfants continueront d’être sacrifiés, et notre société ne s’en remettra pas, un tel drame peut arriver ici aussi».
Tous les interlocuteurs estiment que «ce combat transpartisan» ne doit pas faire l’objet de récupérations politiques.
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Cette publication a un commentaire
merci Perrine pour avoir été ma petite voix en mon absence….