Ils étaient près de 500, à s’être donné rendez-vous devant le tribunal judiciaire de Saint-Nazaire comme dans plus de 150 villes en France ce lundi 8 juin 2026.

Plusieurs associations et collectifs – © Océanis Médias

A l’appel de la CIIVISE, Mouv’enfants, Femmes solidaires, ou bien encore du Collectif de victimes de Joël Le Scouarnec…

Dès 18h, des groupes de tous âges, hommes, femmes, enfants, ont commencé à converger avenue Albert De Mun pour rendre hommage à Lyhanna, jeune collégienne de 11 ans, retrouvée morte dans un silo à grains à proximité de la commune de Fleurance dans le Gers.

Sa disparition et l’arrestation du principal suspect, Jérôme Barella, mis en examen pour séquestration et meurtre d’une mineure de moins de 15 ans ont provoqué une très vive émotion à travers tout le pays.

Les rassemblements d’aujourd’hui devant les tribunaux, avaient pour but de rendre hommage à la jeune victime, mais aussi d’exiger de la justice et des pouvoirs publics de prendre des mesures radicales afin que de tels drames ne se reproduisent.

Un auteur récidiviste

Car l’auteur présumé n’en était pas à son coup d’essai. Il avait fait l’objet de plusieurs plaintes pour viol et agressions sexuelles, sans suites judiciaires. On vient d’apprendre par ailleurs que son frère est lui aussi soupçonné de faits de viols et a été placé en garde à vue ce lundi.

Si les tribunaux évoquent comme souvent «la faute à pas de chance» ou un «dysfonctionnement» (sic), Gérald Darmanin le ministre de la Justice vient de taper du poing sur la table et a demandé aux procureurs généraux de prioriser les plaintes dont les victimes sont des mineurs et de ressortir avant le 14 juillet, près de 70 000 dossiers en souffrance.

Un hommage sobre à Lyhanna – © Océanis Médias

Les associations et collectifs de protection de l’enfance parlent pour leur part de «défaillance systémique des institutions» et réclament une loi intégrale contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants.

«On a beaucoup parlé du classement sans suite, et en fait le classement sans suite est lié à une chose, c’est qu’aujourd’hui les victimes sont isolées, personne ne les accompagne, on est sur un secteur qui est sinistré, France Victimes a fermé et on n’a toujours pas de solutions, d’associations agréées pour accompagner les victimes» déclare Perrine de «Victimes mais pas démunies».

«Aujourd’hui on lance un appel clair au procureur, de nous recevoir, de présenter nos méthodes et surtout de ne plus laisser les victimes seules, c’est plus entendable, que ce soit une victime majeure ou mineure.» Elle indique que depuis 3 ans, les demandes afin de rencontrer la procureure de Saint-Nazaire sont restées vaines.

«Il faut aller chercher les victimes là où elles sont, dès qu’elles vont déposer plainte il faut les accompagner. Quand vous êtes auteur vous allez avoir un avocat commis d’office, et nous c’est ce qu’on revendique, un avocat pour tout le monde, victimes et auteurs.»

Au delà des moyens alloués à la justice, la question du rapport à la parole des enfants est soulignée par le collectif CIIVISE. «Nous demandons au tribunal de Saint-Nazaire un traitement d’urgence des dossiers d’agression sexuelle, le recoupage des signalements et antécédents des potentiels pédocriminels et pédophiles» souhaitent les intervenantes, mais aussi l’interdiction du placement chez l’agresseur dénoncé par l’enfant.

«Nous demandons à la Gendarmerie des enquêtes approfondies et réactives pour chaque signalement d’agression sexuelle», mais aussi à toutes les institutions une vérification systématique du casier judiciaire des professionnels travaillant au contact des enfants.

Plusieurs centaines de nazairiens mobilisés – © Océanis Médias

La mairie de Saint-Nazaire est aussi interpellée afin qu’elle signe la charte pour un plan d’action municipal, «un vrai plan de protection des enfants».

La CIIVISE a justement réalisé un plan de 82 préconisations dans les domaines de l’inceste et des violences sexuelles faites aux enfants «qu’attendent les institutions pour les mettre en place» souffle une militante «les professionnels alertent, les commissions s’enchainent, mais nous avons maintenant besoin d’action, c’est une urgence vitale pour tous ces enfants».

Nicolas, représentant du Collectif de victimes de Joël Le Scouernec «qui a aussi été une affaire d’Etat» dit-il, ajoute que «faire les démarches c’est très bien, il faut le faire, il faut dénoncer tout ça», mais il souligne les conséquences, l’impact affectif, financier, professionnel de «l’après procès».

Vers un Me-Too enfants ?

Une rare avocate présence au rassemblement remercie l’association (la Ciivise) pour sa présence et la mobilisation des habitants. Elle en profite pour tacler ses collègues, se sentant «assez seule aujourdhui». Me Caroline Mathon précise travailler sur ces dossiers de mineurs victimes depuis plus de 10 ans,

«Depuis des années on parle de ces histoires, qu’est ce qui gène ? C’est de parler ? De s’exprimer ? On est là pour dire qu’aujourd’hui l’enfant doit être au cœur de nos préoccupations.»

«Il va encore falloir être là les prochains mois, ce qui se passe aujourd’hui n’est que le début de quelque chose. On a parlé du Me-Too femmes, on parle peut-être aujourd’hui du début d’un Me-Too enfants» lance l’avocate sous les applaudissements de la foule.

Elle souhaite aussi que tout le monde se mobilise au niveau judiciaire, du début à la fin de la chaine pénale, et donne rendez-vous à l’automne «peut être en octobre ou novembre pour voir si les promesses données vont être tenues»,

Une autre militante rappelle que l’élection présidentielle peut aussi être l’occasion de voir si les paroles sont reprises dans les programmes des candidats.

 

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