
Le collectif «Personne à la rue !» qui regroupe une vingtaine d’associations organisait un rassemblement en soutien aux familles expulsées devant la sous-préfecture de Saint-Nazaire mercredi 2 septembre 2026.
Enoch Artur, d’Urgence sociale, était le premier à prendre la parole expliquant que la Préfecture ne considérait plus les familles avec des enfants comme des personnes vulnérables.
«Aucune des familles n’a eu une proposition de relogement» dit-il, «on fait des signalements au 115, on appelle toute la journée mais on nous répond qu’il n’y a pas de places».
Le militant associatif précise qu’une dizaine de familles sont à la rue à Saint-Nazaire «ça représente environ 15 adultes et 30 enfants».
Pour expliquer le contexte, il s’agit d’expulsions prononcées par le préfet de Loire-Atlantique envers des personnes déboutées de leur demande de droit d’asile.
Ces familles occupent des logements mis à disposition par l’Etat qui précise dans un communiqué adressé le jour du rassemblement, que «plus de 2 300 places d’hébergement» sont ainsi financées en Loire-Atlantique.
Le préfet souligne que ces places ont un coût pour la collectivité, près de 82 € par jour et par famille sur la base d’un couple avec deux enfants.
Il indique également que «la décision de concours de la force publique est portée préalablement à la connaissance de l’association gestionnaire de l’hébergement pour laisser le temps d’organiser la sortie», et rappelle que d’autres bénéficiaires du droit d’asile pourront bénéficier des logements.
Les militants ne l’entendent pas ainsi et veulent que soit prévu un relogement «pour être sûr que les enfants, bébés, femmes enceintes soient à l’abri».
Sur le secteur, 3 familles ont été expulsées dernièrement à Saint-Nazaire, une autre à Saint-André des eaux, une à Saint-Brévin et deux à Savenay.
Augustin Grosdoy du MRAP estime qu’il s’agit de «décisions politiques du gouvernement avec le ministre de l’Intérieur».
«Il n’y a pas de foyer pour les familles à Saint-Nazaire, on est en sous dotation pour mettre les familles à l’abri.» Selon le militant, seul le foyer Richelieu à Nantes peut les accueillir «mais la nuit seulement, le foyer ferme la journée et avec 5 nuits maximum. A Nantes les familles ne savent pas où aller et vont errer à la gare la journée».
Marie-Elisabeth Allaire, de l’UCIJ, considère ces expulsions comme «de la maltraitance internationale. Il faut des actions en justice contre l’Etat français criminel». Elle ajoute que «si on n’est pas capable de défendre ça aujourd’hui, demain ça sera le cauchemar».
Des accusations que rejette le préfet, qui rappelle que les personnes expulsées sont celles «qui n’ont pas le statut de réfugié, dont les décisions de justice ont été rendues et doivent être exécutées par un Etat de droit, et qui ont été informées en amont et de longue date de leur obligation de quitter leur logement».
Il précise qu’une aide est systématiquement apportée aux étrangers déboutés de leur demande d’asile pour un «retour volontaire dans leur pays d’origine» et qu’il «n’existe pas d’obligation générale de l’Etat à reloger, même de manière temporaire des personnes qui ne répondent pas aux critères de grande vulnérabilité».
Mme Allaire ajoute «qu’il s’agit d’une politique de l’Etat, mais que la ville doit prendre ses responsabilités». Elle prend l’exemple d’une expulsion à Savenay il y a quelques jours «qui était plus virulente» et où «la Mairie s’est engagée pour obtenir un mobil-home».
Parmi les familles expulsées fin août, Shotiko 20 ans et sa cousine Tika 21 ans, tous deux georgiens, en France depuis 2018, sont effondrés.
Appelé par sa mère, Shotiko découvre les policiers devant la maison qu’occupe sa famille. «Au début ils ne voulaient pas me laisser entrer prendre mes affaires.»
Il est étudiant en BTS commerce international au lycée Notre Dame et vient de faire sa rentrée «c’est l’association qui nous a hébergé à l’hôtel mais à partir de demain on est à la rue» précise le jeune qui possède un titre de séjour.
Tika était à Nantes quand sa famille l’a appelée pour la prévenir qu’une trentaine de policiers étaient devant la maison où vit sa famille depuis 2017. Elle indique que son jeune frère né en France et son père, ont des problèmes de santé.
Elle aussi est tout à fait intégrée, étudiante en alternance en master dans une école de commerce à Nantes, aucun signe extérieur ne laisserait penser le drame qu’elle vit avec sa famille. «On a des contacts et des démarches avec des associations mais pour l’instant on n’arrive pas à trouver de solutions.»
Son frère âgé de 15 ans est également scolarisé, «Il avait 6 ans quand on est arrivé en France. On a grandi ici tous les deux».
Concernant le 115, le numéro d’appel pour les hébergements d’urgence, Shotiko soupire «on appelle tous les jours, on nous dit rappelle demain il n’y a pas de place». Etant le seul en règle dans sa famille, il essaie de trouver une solution et fait des démarches auprès du Crous notamment afin d’obtenir un studio.
Les deux jeunes précisent qu’après un refus de leur demande d’asile à leur arrivée, leurs familles ont déposé une nouvelle demande «on a le droit après 7 ans en France», mais qu’à ce jour aucune réponse, ni positive ni négative ne leur a été signifiée.
Photo: les parents de Shotiko et Tika – © Océanis Médias
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