Manque de personnel, conditions de travail, salaires… les professionnels du sanitaire, social, médico-social et de l’aide à domicile n’en peuvent plus.

Une journée nationale de mobilisation et un appel à la grève ont mobilisé partout en France mardi 10 mars 2026. A Saint-Nazaire ils étaient une centaine à débrayer en fin de matinée.
A l’appel de l’intersyndicale, la CFDT Santé-Sociaux 44 Saint-Nazaire a donné rendez-vous au personnel des établissements devant l’entrée principale de la cité sanitaire.
Que ce soit à la Clinique Mutualiste de l’Estuaire, à l’APEI, à l’ADAR ou à l’ANSDPAH, les salariés, des agents aux cadres, tirent la sonnette d’alarme sur «l’urgence des moyens».
Une situation qu’ils dénoncent depuis de nombreuses années mais qui ne cesse de se dégrader.
Un manque criant de moyens humains et financiers
Qu’il s’agisse du manque de personnel (voir notre article sur les urgences) avec des difficultés de recrutement, des conditions de travail dégradées, des salaires peu attractifs ou un turnover dans les équipes, ils et elles se sentent en grande difficulté.
Résultat, le glissement des tâches et la surcharge de travail conduisent à une perte de sens pour nombre d’entre eux.
Pour Michel David, de la CFDT santé-sociaux, qui regroupe «des métiers différents mais une réalité commune, celle d’un secteur essentiel à la cohésion sociale» le manque de reconnaissance et les difficultés de plus en plus fréquentes «sont évidents».
Du respect pour nos métiers, pour nos patients et pour soigner dignement
«Chaque jour nous faisons notre travail avec conscience» indique Cathy Bertrel, représentante de la Clinique Mutualiste de l’Estuaire qui emploie 600 salariés.
«Nous soignons, nous accompagnons et nous rassurons mais la réalité c’est que les conditions dans lesquelles nous travaillons se dégradent.»
Les revendications «simples, légitimes et nécessaires», concernent des augmentations de salaires «pour rattraper des années de perte de pouvoir d’achat, de meilleures conditions de travail et surtout des postes attractifs pour pouvoir faire correctement notre métier».
Leur métier justement ne peut se résumer à courir d’une chambre à une autre ou à manquer de temps pour un patient.
La colère accumulée depuis des années dans le secteur sanitaire et social «se transforme aujourd’hui en mobilisation collective».
Sans les salariés il n’y a pas de clinique, sans les soignants il n’y a pas de soins
Nathalie Béguin, représentante de l’APEI (association accompagnant enfants, adultes et personnes en situation de handicap) qui emploie plus de 350 personnes réparties sur plusieurs établissements, foyers, Esat et Ime notamment, dénonce elle aussi «un manque de personnel, des salaires peu attractifs qui ne permettent pas d’attirer vers ces métiers pourtant essentiels».
Si elle reconnait des efforts ces dernières années, elle indique qu’il existe encore des temps partiels subis «qui contribuent aux difficultés de recrutement et de fidélisation».

«Aujourd’hui la CFDT constate une souffrance importante chez les encadrants qui doivent gérer des équipes en sous-effectifs, des injonctions administratives de plus en plus nombreuses, et des moyens qui ne sont pas à la hauteur des missions demandées.»
Pour l’ANSDPAH (association nazairienne se soins à domicile pour personnes âgées) qui compte 70 salariés, Nathalie Delalande, militante CFDT et salariée, alerte sur le choix de la Direction et du conseil d’administration de l’association «de faire des économies sur le dos des salariés» pour financer une réforme du service autonomie mise en place en 2023 «sans moyens supplémentaires».
Michel David intervient à nouveau mais en tant que salarié des établissements Marie Moreau «il y a moins de 10 ans lorsqu’un poste était ouvert nous recevions jusqu’à 200 candidatures, aujourd’hui quand on en reçoit une, deux ou trois, nous sommes déjà contents».
Une réalité qui illustre la perte d’attractivité du secteur. Les postes non pourvus «conduisent à un manque de personnel dans les équipes, un taux d’absentéisme important souvent lié à l’épuisement professionnel».
Faute de remplaçants, les salariés «doivent s’auto remplacer» augmentant ainsi la charge de travail et la fatigue des équipes. La perte de sens dans le travail est là aussi mise en avant.
Une rencontre est prévue entre les représentants de la CFDT santé-sociaux et le Député Matthias Tavel, le 20 mars prochain.