
Comme l’a voulu son concepteur, Michel Etevenon, la Route du Rhum est, depuis 1978, la transatlantique de la liberté.
Elle est la seule grande course transatlantique à rassembler, sur une même ligne de départ et un même parcours, monocoques et multicoques, petits coursiers océaniques et géants des mers.
Au total, ils seront 115 à tenter l’aventure de cette 13 ème édition de la Route du Rhum au départ de la pointe du Grouin au large de Saint-Malo, dimanche 1er novembre 2026, en direction de Pointe-à-Pitre en Guadeloupe.
Un plateau riche et varié, des géants des mers aux monocoques plus anciens, où l’expérience, la fiabilité des bateaux et les choix de navigation pourraient faire toute la différence. A trois jours du départ, tous les ingrédients sont réunis pour une nouvelle édition pleine de suspense.
Ultim, Ocean Fifty, IMOCA, Class40, Vintage Mono et Vintage Multi… Tout savoir sur le plateau sportif
Amarrés depuis le début de la semaine dans les bassins de Saint-Malo, les skippers sont entrés de plain-pied dans cette nouvelle édition de la Route du Rhum : Destination Guadeloupe.
Tous viennent de mettre un terme à leur préparation, qui s’est intensifiée au cours des derniers mois. Les dernières courses disputées cet été et à la rentrée ont apporté leur lot d’enseignements. Certains skippers aborderont forcément l’épreuve avec un peu plus de confiance que d’autres. Etat des lieux des forces en présence.
Ultim : le plein de confiance pour Laperche, l’inconnu pour Caudrelier
Chez les Ultim, les équipes techniques n’ont pas chômé ces derniers mois. Afin de fiabiliser au maximum leurs maxi-trimarans, les différentes équipes ont procédé à d’importantes évolutions techniques.
Actual Ultim 3 (Anthony Marchand) a ainsi reçu un nouveau mât, tandis que Maxi Banque Populaire XI (Armel Le Cléac’h) s’est doté d’une nouvelle dérive. Sodebo Ultim 3 a, de son côté, été équipé d’une nouvelle paire de foils. Chez SVR-Lazartigue (Tom Laperche), de nouveaux foils et de nouveaux safrans ont également été installés.
Mais, lors d’un stage organisé à la mi-septembre, une collision a endommagé les appendices tribord de Tom Laperche, l’obligeant à réinstaller le foil tribord précédent. «Je préfère avoir cette malchance avant la Route du Rhum», confie le skipper.
Celui-ci se veut rassurant : «Ca n’a pas d’impact sur la performance. La seule chose que ça prouve, c’est notre capacité à le remplacer rapidement et à rester compétitif.»
Tom Laperche l’a d’ailleurs démontré quelques jours plus tard en remportant, comme l’année précédente, les 24 Heures Ultim. Il a devancé Armel Le Cléac’h de seulement 11 min 29 s, puis Anthony Marchand et Thomas Coville.
Qu’en est-il du Maxi Edmond de Rothschild, baptisé Gitana 18, l’une des attractions de cette Route du Rhum – Destination Guadeloupe ?
Depuis la mise à l’eau du bateau, huit mois auparavant, Charles Caudrelier ne s’est encore jamais mesuré à ses concurrents. Début septembre, il a néanmoins effectué sa qualification en solitaire, après plus de 48 heures consacrées à un aller-retour jusqu’au nord de l’Irlande.
Chez Gitana, l’heure semble toutefois à la prudence. «Ca reste un pari et un gros challenge puisque personne n’a réussi à mettre au point un tel bateau en si peu de temps», expliquait récemment Charles Caudrelier dans un communiqué. Il confie également : «Lors de la dernière édition, que j’ai gagnée, je disais que je pouvais être le maillon faible. Aujourd’hui, c’est l’inverse : j’ai l’expérience, mais le bateau manque encore de milles au large.»
Ocean Fifty : avantage à Basile Bourgnon ?
Chez les Ocean Fifty, où le suspense est presque une seconde nature, il est toujours difficile de se risquer au jeu des pronostics. «Il y a tellement de paramètres à maîtriser que c’est presque impossible de faire un pronostic dans cette classe», rappelle Anne-Claire Le Berre (Upwind by MerConcept), première femme à concourir en Ocean Fifty.
Il n’empêche : «S’il devait y avoir un favori, ce serait Basile Bourgnon (Edenred)», estime Erwan Le Draoulec (Lazare). Basile a, en effet, réalisé une fin de préparation remarquable. Vainqueur des 24 Heures Ultim pour la deuxième fois consécutive, il s’était également imposé lors de la Dhream Cup en juillet.
«J’ai la chance d’avoir une super équipe et on a fait une bonne préparation, confiait Basile en septembre dernier. Mais je sais que ça ne présage en rien de ce qui se passera pendant la course.»
Longtemps leader de la Transat Café L’Or aux côtés d’Emmanuel Le Roch, Basile a finalement été rétrogradé après une avarie de barre de liaison. «Je vais aller à la Route du Rhum avec la rage au ventre», confiait-il à l’arrivée.
Deux skippers de Pornichet dans la course : Matthieu Perraut et Pierre Quiroga
Deux de ces multicoques de 50 pieds (15 mètres) ont Pornichet comme port d’attache, Elvest skippé par Matthieu Perraut et Wewise par Pierre Quiroga.
La concurrence s’annonce néanmoins rude, avec l’expérimenté Thibault Vauchel-Camus (Solidaires en Peloton by Delanchy) et la nouvelle génération, emmenée par Pierre Quiroga (Wewise), Baptiste Hulin (Viabilis Oceans) et Léonard Legrand (Sodebo). Une bataille qui s’annonce explosive !
IMOCA : Sam Goodchild, vraiment intouchable ?
D’un côté, une trajectoire remarquable : depuis son arrivée chez Macif en 2025, Sam Goodchild n’a jamais terminé au-delà de la troisième place. Il s’est imposé lors de la 1000 Race au printemps dernier, puis à deux reprises au Défi Azimut.
De l’autre, le skipper franco-britannique a été battu lors de la dernière transatlantique, terminant troisième de la Transat Café L’Or, puis plus récemment à la Vendée Arctique, où il a pris la deuxième place.
«Je suis fier d’avoir l’étiquette de favori, mais je sais aussi que ça ne veut rien dire», rappelle-t-il. «Il y a une course à disputer et on sait tous qu’il peut se passer beaucoup de choses jusqu’à l’arrivée.»
Parmi ses principaux outsiders, certains disposent de bateaux déjà éprouvés et fiabilisés. C’est notamment le cas d’Ambrogio Beccaria (Allagrande Mapei), vainqueur de la Vendée Arctique, de Francesca Clapcich (11th Hour Racing), deuxième de The Ocean Race Europe, ou encore d’Élodie Bonafous (Association Petits Princes – Quéguiner), victorieuse de la Rolex Fastnet Race.
D’autres ont mis à l’eau leur nouveau bateau cette année, à l’image de Sébastien Simon (Groupe Dubreuil – Air Caraïbes) et de Boris Herrmann (Malizia 4), particulièrement en vue lors de The Ocean Race Atlantic en septembre dernier.
Autre skipper à surveiller : Jérémie Beyou. Le Breton disputera sa dernière course sous les couleurs de Charal à bord d’un bateau dont l’étrave a été entièrement remaniée à l’issue d’un chantier inédit.
«Sam est peut-être un petit cran au-dessus, assure Jérémie Beyou. Mais avec un parcours libre, beaucoup d’options, beaucoup d’aléas et beaucoup d’inconnu, la Route du Rhum sera très ouverte.»
Class40 : Douguet, Pirouelle et une foule d’outsiders
En Class40, deux noms reviennent régulièrement au moment de se prêter au jeu des pronostics : Corentin Douguet (SNSM, Faites un don !) et Guillaume Pirouelle (Sogestran Seafrigo).
«Ils ont de très bons bateaux, ce sont d’excellents marins et, récemment, ils ont tout gagné», résume Axel Tréhin (Exalt).
Corentin Douguet a notamment remporté la CIC Normandy Channel Race, la Rolex Fastnet Race en 2025 et, plus récemment, la Dhream Cup. Guillaume Pirouelle, de son côté, a inscrit à son palmarès la Transat Café L’Or en 2025, la Trin’40 et la dernière édition de la CIC Normandy Channel Race, en 2026.
Derrière ce duo, plus d’une dizaine de concurrents peuvent prétendre jouer les premiers rôles. Alexis Loison (Groupe Réel), récent vainqueur de la 40 Malouine, Pep Costa (VSF Sports), deuxième de la Normandy Channel Race, et Fabien Delahaye (Legallais), troisième de la Trin’40, sont en embuscade.
A cette liste s’ajoutent Quentin Le Nabour (Bleu Blanc Planète Location), Ian Lipinski (Crédit Mutuel), Axel Tréhin et Achille Nebout (Amarris).
«Ca va être une sacrée bagarre et ça me plaît beaucoup», expliquait récemment Alexis Loison. «C’est une classe qui a un très bon niveau. En somme, il y a la quantité et la qualité !»
Vintage Multi : les ORMA et la bataille des autres
Ils sont de retour ! Les ORMA, ces trimarans particulièrement spectaculaires qui ont connu leur âge d’or pendant la Route du Rhum, seront à nouveau au départ. Ils sont quatre à concourir : Francis Joyon (Océans), Damien Seguin (Arkéa-Handicap International), Eric Péron (French Touch Oceans Club) et Gilles Lamiré (Groupe GCA).
Tous pourraient rallier l’arrivée en moins de dix jours, à l’instar des Ocean Fifty. Parmi ces quatre marins, chacun possède ses propres atouts : Eric Péron dispose du bateau le plus récent, âgé de 24 ans ; Francis Joyon peut s’appuyer sur son expérience de la victoire, acquise en 2018 ; Damien Seguin, enfin, a encore renforcé sa confiance après sa récente victoire à la Dhream Cup.
Il ne faut pas non plus oublier Romain Pillard (Use it Again), qui prendra la barre d’un géant de 33 mètres, l’ancien Kingfisher d’Ellen MacArthur.
«Si les conditions ne sont pas favorables aux ORMA, il pourrait en bénéficier», rappelle Éric Péron.
Aux côtés des ORMA, dix skippers s’élanceront sur des bateaux plus petits. «Nous, on sait qu’on mettra au moins 21 jours», rappelle Charlie Capelle (Acapella – Proludic – La Chaîne de l’Espoir).
Vainqueur de l’Atlantique Télégramme, Charlie devra notamment composer avec Christophe Bogrand (Des enfants et des arbres) et Laurent Etheimer (Fifty Fifty), deux concurrents qu’il a régulièrement retrouvés sur sa route tout au long de la saison.
«On va bien batailler de bout en bout», s’enthousiasme Charlie Capelle.
Vintage Mono : la grande incertitude
Ils seront treize dans cette catégorie à se disputer la victoire. Contrairement aux concurrents des autres classes, les skippers de Vintage Mono ne se sont pas affrontés ces derniers mois. Difficile, dès lors, d’établir une hiérarchie claire.
«Il y a de bons bateaux avec des skippers que je ne connais pas et de bons skippers avec des bateaux que je ne connais pas», plaisante Kieran Le Borgne.
Pour Sidney Gavignet (Le Cigare rouge), un favori se détache néanmoins : Patrick Isoard (Groupe Cogedis pour enfants du Mékong), qui a notamment remporté The Transat CIC en 2024. «C’est quelqu’un qui a beaucoup d’expérience, qui connaît très bien son bateau et qui a la meilleure préparation», souligne-t-il.
Tanguy Caradec (Eurvad), Wilfrid Clerton (Echo-Mer), Kieran Le Borgne, qui dispose d’un bateau double vainqueur du Vendée Globe (Armor Lux – Le Finistère Assurance), et Sidney Gavignet auront également leur mot à dire.
Si le Swan 59 de Jean Le Cam (Alegria) est moins rapide, l’expérience et le talent du skipper pourraient lui permettre de rester dans la course.
Photos © Vincent OLIVAUD – FACTSTORY © Loïc VENANCE – AFP


