Le préservatif perd du terrain chez les adolescents, alors que plusieurs infections sexuellement transmissibles (IST) progressent. Ce décalage préoccupe les autorités sanitaires, qui appellent à renforcer l’éducation à la sexualité et l’accès à la prévention. Les enquêtes montrent un recul de la protection, mais invitent aussi à regarder les chiffres avec précision, sans réduire une situation complexe à une seule explication.

Un recul mesuré chez les adolescents

Selon un rapport de l’OMS Europe publié en août 2024, l’utilisation du préservatif lors du dernier rapport sexuel est passée, entre 2014 et 2022, de 70 % à 61 % chez les garçons sexuellement actifs de 15 ans, et de 63 % à 57 % chez les filles. L’enquête couvre 42 pays et régions d’Europe, d’Asie centrale et du Canada. De fait, faciliter l’accès aux preservatifs reste donc un enjeu de prévention, au même titre qu’expliquer leur utilisation et permettre aux jeunes d’en parler sans gêne. L’OMS souligne les lacunes de l’éducation à la sexualité et les inégalités d’accès aux moyens de protection, qui justifient des réponses adaptées aux adolescents.

Des IST très répandues, avec des évolutions contrastées

À l’échelle mondiale, l’OMS estimait à 374 millions le nombre de nouvelles infections contractées en 2020 pour quatre IST curables : chlamydia, gonorrhée, syphilis et trichomonase. Ce chiffre concerne les personnes de 15 à 49 ans et ne mesure donc pas uniquement la situation des jeunes. En Europe, les données publiées en mai 2026 par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) recensent 106 331 cas de gonorrhée en 2024 dans les pays déclarants de l’Union européenne et de l’Espace économique européen, soit une hausse de 303 % depuis 2015.

La chlamydia demeure toutefois l’IST la plus fréquemment déclarée, avec 213 443 cas en 2024. Les taux les plus élevés concernent les femmes de 20 à 24 ans. En revanche, son taux de déclaration recule de 10 % par rapport à 2023 dans les pays rapportant régulièrement leurs données. Parler d’une hausse uniforme de toutes les IST serait donc inexact.

Prévenir sans culpabiliser

Utilisé correctement et systématiquement, le préservatif réduit le risque de transmission de la plupart des IST. Son recul augmente donc l’exposition, mais les enquêtes disponibles ne permettent pas de lui attribuer, à lui seul, l’évolution mondiale des infections. Les chiffres dépendent également du recours au dépistage et des systèmes de surveillance, comme le rappelle l’ECDC pour la chlamydia. La prévention doit aussi tenir compte d’une difficulté : de nombreuses infections passent inaperçues. Une personne peut transmettre une IST sans présenter de symptômes, et certaines infections non traitées peuvent entraîner des complications, notamment une infertilité. Le dépistage complète donc la protection.

En France, certains préservatifs sont pris en charge à 100 % en pharmacie, sans ordonnance, pour les moins de 26 ans. Le dispositif « Mon test IST » permet également à cette tranche d’âge de bénéficier, sans ordonnance ni avance de frais, du dépistage en laboratoire de cinq IST. Faire connaître ces possibilités, expliquer la différence entre contraception et protection contre les infections, et ouvrir le dialogue sans jugement constituent des leviers concrets pour retrouver des habitudes de prévention.

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